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BAMAKO 2007

Monsieur le Premier Ministre, Chef du Gouvernement ;

Monsieur le Président de l’Assemblée Nationale du Mali ;

Mesdames, Messieurs les Ministres ;

Madame, Messieurs les Présidents des Institutions de la République ;

Mesdames, Messieurs les Délégués ;

Honorables Invités ;

Mesdames, Messieurs,

Le Mali, son peuple et ses Institutions, vous souhaitent la plus chaleureuse bienvenue à Bamako, à l’occasion de la 4ème Conférence Ministérielle de la Communauté des Démocraties qui, après Varsovie, Séoul et Santiago du Chili, se tient, pour la première fois, dans un pays africain.

En cette heureuse circonstance, je voudrai saluer tous les pays amis et institutions partenaires qui nous ont assisté tout au long de la préparation de cet important forum.

Je tiens à remercier singulièrement le Gouvernement des Etats-Unis d’Amérique pour tout le soutien accordé au Mali.

La tenue de cette conférence m’offre l’occasion de partager avec les éminentes personnalités, les chercheurs et les distingués acteurs de la Société Civile, que vous êtes, quelques idées fortes sur le thème principal de votre conférence, à savoir Démocratie et Développement.

Mais d’abord, je voudrais vous parler du Mali, ce vieux pays à la civilisation millénaire, qui vous accueille aujourd’hui et dont la pratique politique actuelle, puise à la fois ses racines dans notre histoire propre et dans les valeurs universelles de démocratie.

En effet, il y a 771 ans, plus précisément en 1236, les dignitaires du Grand Empire du Mali se réunissaient à quelques encablures de Bamako, dans la clairière du Kouroukan Fouga, pour adopter une charte sur la gouvernance.

Ce document, passé à la postérité sous l’appellation de « Charte de Kouroukan Fouga », conserve tous les attributs d’une constitution.

L’Article 1er de la Charte de Kouroukan Fouga est ainsi libellée : la personne humaine est sacrée et inviolable , anticipant avec quelques siècles d’avance ce qui allait devenir un des principes-clé des constitutions des démocraties modernes.

Mesdames, Messieurs,

Permettez-moi, à la lumière de ce qui précède, de m’appesantir sur le thème Démocratie et Développement, à l’ordre du jour de cette conférence ministérielle, et plus spécifiquement, sur le cas du Mali, à travers notamment :

l’approfondissement de l’Etat de droit et de notre expérience démocratique,
la décentralisation et ses implications,
les options en matière de politique économique
et l’émergence d’une véritable Société Civile.

Le pluralisme politique est le premier indicateur d’une vie démocratique.

Tous les gouvernements, de 1991 à nos jours, ont toujours eu à cœur de renforcer les partis politiques pour leur permettre d’assurer leur mission d’éducation, de sensibilisation et de formation du citoyen.

C’est dans ce but qu’a été votée la loi sur le financement public des partis politiques.

Chaque année, 0,25% des recettes fiscales sont versés aux formations politiques sur la base de critères définis. Ce financement public des partis politiques s’élève cette année à plus d’un milliard de FCFA, soit plus de deux millions de dollars.

L’aide directe à la presse malienne procède de la même volonté de consolidation de la démocratie.

De 1996 à nos jours, l’Etat a investi pas moins de 2 milliards de FCFA pour le renforcement des entreprises de presse, soit près de 4 millions de Dollars.

Mesdames, Messieurs,

Il n’est pas exagéré d’affirmer que la décentralisation est l’épine dorsale du processus de démocratisation au Mali. Elle place le citoyen au centre des décisions et au cœur de son propre développement.

En effet, en même temps qu’elle détermine l’activité de l’Etat à la base, la décentralisation crée un espace économique de confiance pour impulser la croissance.

Elle recentre les énergies locales nécessaires pour la prise en compte des problèmes qui concernent les collectivités et leur développement.

A l’heure actuelle, le Mali compte :

• 703 Communes Urbaines et Rurales

• 49 Cercles

• 8 Régions

• 1 District, qui sont respectivement administrés par les Conseils communaux, les Conseils de cercle, les Assemblées Régionales.

Un Haut Conseil des Collectivités Territoriales a été créé pour assurer une représentation nationale à nos entités décentralisées.

Cette volonté politique s’accompagne du souci constant de créer les conditions matérielles et financières de viabilité de la décentralisation.

Mesdames, Messieurs,

Les difficultés majeures de la gouvernance dans nos pays, qu’il s’agisse du niveau central ou des Collectivités Locales, résident surtout dans l’organisation de l’Etat, sa modernisation et le renforcement de ses capacités.

Pour faire face à ce défi, le Mali s’est doté d’un Programme de Développement Institutionnel (PDI).

L’amélioration de la gouvernance passe par une modernisation de l’Administration axée sur les objectifs suivants :

l’adaptation de l’Administration à l’évolution politique et institutionnelle, en corrigeant ses incohérences pour accroître son efficacité,
le renforcement de la gestion publique en vue d’améliorer la qualité des services offerts à l’usager,
l’affirmation de la place de l’usager au cœur de l’action administrative.

Mesdames, Messieurs,

La lutte contre la corruption et la délinquance financière est un des baromètres de la bonne gouvernance.

L’arsenal au Mali de structures commises à cet effet comprend les Corps de contrôle classiques que sont :

le Contrôle Général des Services Publics,
les Inspections des Départements ministériels,
la Section des Comptes de la Cour Suprême qui ont tous vu leurs moyens d’action croître ces dernières années pour plus d’efficacité.

Nous avons aussi créé des Pôles Economiques dans les Tribunaux pour renforcer leurs compétences dans l’investigation et l’appréciation des délits économiques et financiers.

Mais l’innovation au Mali reste la mise en place d’une institution nouvelle de contrôle, celle du Vérificateur Général. Autorité administrative indépendante de toute institution, le Vérificateur Général est choisi sur la base d’un appel à candidatures.

Il est nommé pour 7 ans et est entouré d’un collège de Vérificateurs de profils divers.

Les missions du Bureau du Vérificateur Général consistent à évaluer la politique publique, à en assurer le contrôle de performance et de qualité ainsi que le contrôle de la régularité et de la moralité des recettes de l’Etat.

Mesdames, Messieurs,

La Justice est un des fondements de tout projet démocratique. L’amélioration de son cadre d’exercice doit demeurer une de nos priorités.

C’est le sens à donner à l’adoption par le Mali d’un Programme Décennal de Développement de la Justice (PRODEJ) qui contribue au renforcement des capacités de la Justice sur le plan humain et matériel.

Je citerai, aussi :

le Médiateur de la République, autorité indépendante, intervenant dans le règlement des litiges entre l’Administration et les administrés,
l’Espace d’Interpellation Démocratique qui se tient le 10 décembre de chaque année, qui autorise tout citoyen, qui le désire, à interpeller directement le gouvernement sous la présidence d’un Jury d’Honneur,
le Programme National d’Education à la Citoyenneté, une tribune d’éducation sur les droits et devoirs du citoyen et de pédagogie sur les Institutions républicaines,
les Concertations Régionales et Nationales sur la Formulation des Politiques Publiques dans tous les secteurs.

On peut ajouter à la liste la Journée Nationale des Communes, la Journée Paysanne, les Rencontres avec le Secteur Privé qui sont des espaces institutionnalisés de dialogue entre le Chef de l’Etat et les groupes socio-professionnels.

Les conclusions de la 6ème Edition du Forum sur la Gouvernance en Afrique nous confortent sur la justesse de ces choix, en mettant l’accent sur :

la redéfinition du rôle de l’Etat et les problèmes de développement en Afrique,

Le renforcement des capacités institutionnelles et humaines pour le bon fonctionnement du secteur public,

La légitimité de l’Etat et de ses dirigeants ainsi que la question du leadership,

L’amélioration de la gouvernance locale, à travers la décentralisation,

Le rôle des acteurs non étatiques,

Le rôle des femmes dans le renforcement des capacités de l’Etat.

Mesdames, Messieurs,

Sur un plan plus global, cette Quatrième Conférence Ministérielle est le lieu privilégié de saluer les progrès de la démocratie sur le continent africain. En témoigne l’élargissement constant de la Communauté des Démocraties à de nouveaux membres dont 34 Etats africains.

A cet égard, nous ne soulignerons jamais assez la nécessité de soutenir et d’appuyer nos jeunes Démocraties par des mécanismes innovants d’aide au développement.

Cela relève du devoir de solidarité des pays développés, membres de notre communauté, envers les moins nantis, car la lutte contre la pauvreté est un défi à la consolidation de la démocratie.

Vous conviendrez avec moi que la pauvreté constitue une des plus sérieuses menaces contre les fondements mêmes de la démocratie.

Les situations endémiques de faim et de maladies, dans lesquelles vivent malheureusement environ un milliard de personnes dans le monde, est un rappel constant que nous pouvons et devons tous mieux faire pour combattre ces fléaux.

Nous demeurons convaincus de l’existence d’un lien de cause à effet positif entre développement économique et démocratie.

La démocratie ne se résume pas au droit de vote. Ce n’est pas non plus seulement l’organisation d’élections libres et transparentes.

Elle doit aussi permettre, à chaque citoyen, d’atteindre un meilleur niveau de vie par le plein exercice de ses droits économiques, sociaux et culturels. L’Etat a vocation à répondre à toutes ces attentes et aspirations, dans le contexte d’une gouvernance devenue plus ardue.

La hausse vertigineuse du prix des produits de première nécessité, des hydrocarbures dans des proportions jamais égalées et la faible rémunération de nos produits d’exportation, liées à la chute constante du dollar, éprouvent durement nos économies et nos populations.

Dans ces conditions, comment assurer à nos populations une sécurité alimentaire durable et faire face à leurs demandes légitimes pour l’accès à l’eau potable, à la santé, à l’éducation et offrir à nos millions de jeunes un emploi, gage de stabilité sociale et politique.

On pourrait ajouter à la liste les nombreux besoins nouveaux, engendrés par le développement phénoménal des Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication. En somme, il s’agit d’œuvrer de sorte que chacun, chacune puisse mesurer les bienfaits de la démocratie à l’aune de son épanouissement personnel.

C’est fort de cette conviction que le Mali a placé sa présidence sous le signe de la corrélation entre démocratie et développement et de la lutte contre la pauvreté, en tant que facteur essentiel de l’approfondissement et l’enracinement de la démocratie.

Et c’est tout à l’honneur du Gouvernement des Etats-Unis d’Amérique, avec le Président George BUSH en tête, d’avoir mis en place le fonds du Millenium Challenge pour encourager nos efforts de développement et de réduction de la pauvreté.

Le Mali se réjouit d’avoir pu bénéficier de cet important financement, tout autant que du jugement positif sur notre gouvernance qu’il consacre.

Je tiens à rendre hommage à l’Union Européenne pour la qualité et la dimension de son assistance aux pays africains, à travers le Fonds Européen de Développement, sans oublier les Partenaires Bilatéraux.

Les ressources tirées de ces coopérations servent au financement d’infrastructures socio-économiques au profit des populations, dont la satisfaction des besoins est la finalité de tout projet démocratique.

La paix et la sécurité doivent également retenir toute l’attention de notre communauté, car elles constituent le socle de tout développement et de toute forme d’expression démocratique.

Mesdames, Messieurs,

En conclusion, je voudrais remercier le Secrétariat Exécutif malien du Processus Non Gouvernemental de la Communauté des Démocraties, pour les efforts d’accompagnement du gouvernement, tout au long de la présidence malienne, et pour son plaidoyer en faveur de la mise en œuvre du Plan d’Action de Séoul et l’engagement de Santiago, qui sont des documents de référence pour notre communauté.

A l’endroit des participants, je voudrais rappeler que notre appartenance à des régions, cultures et religions différentes, doit être une source de respect mutuel et d’enrichissement.

En cela, nous pouvons nous référer à l’enseignement du Sage, Amadou Hampâté BA, qui disait, je cite : La beauté d’un tapis réside dans la variété de ses couleurs. S’il n’y a que du blanc, ce serait un drap blanc ; s’il n’y a que du noir, ce serait un pagne de deuil. C’est l’Univers tout entier qui est notre patrie. Chacun de nous est une page du grand livre de la Nature. Dans la vaste communauté humaine lancée à la recherche d’un nouvel équilibre, chaque peuple doit apporter la note de son génie propre afin que tout l’ensemble en soit enrichi. Chacun doit s’ouvrir aux autres tout en restant lui-même . Fin de citation.

Fort de cette conviction, la Communauté des Démocraties contribuera à l’émergence d’un monde plus équitable, plus juste et une meilleure gouvernance mondiale.

En souhaitant plein succès à vos travaux, et un bon séjour à Bamako, je déclare ouverte la Quatrième Conférence Ministérielle de la Communauté des Démocraties .

Je vous remercie de votre attention !

 
Le Ministre
  Moctar OUANE  
       
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